Partout là où je suis

Nos voix entremêlées au moment de la prière du soir.

Des tranches de bananes dans mon bol de Rice Krispies.

Mon oreille collée sur ta poitrine, engourdie de sommeil, et les voix des invités qui me parviennent en écho.

Le cha-cha sur Passe-Partout, puis sur Pretty Woman ; ta main qui me guide fermement.

Nils Holgersson et la Forêt Verte en duo de pyjama, aux aurores.

Tes bras rassurants, la nuit, puis pendant le déluge de larmes de mes années d’adolescence.

L’histoire familiale de nos lointains ancêtres, racontée avec passion ; tes mains feuilletant avec révérence le livre du frère Sigismond.

Un éternument tonitruant dans une salle bondée, qui montre que tu es bien là.

Maman et toi, enlacés.

1000 problèmes de mathématiques compris sans explications, juste grâce à ta présence.

Des cartes de la Fête des Mères bricolées en cachette dans la salle de jeu.

Petit papa Noël… et des surprises magiques.

Minuit Chrétien, chanté à tue-tête et totalement faux, entre deux bouchés de rosettes de chocolat.

De la « saucisse russe », des grilled-cheese et des sandwiches beurre-banane, cuisinés avec amour.

Harmonium et Beau Dommage, en fonds sonores.

Le chalet, la chambre bleue, les aller-retours au rocher.

La crème douce sur le gâteau au chocolat.

Ton bras sous le miens, solide et fier, pendant la marche nuptiale qui me mène à l’autel.

De l’aide pour finir la rangée d’Oreo.

Ton amour de la famille, encore et encore.

Tout ça, je le porte en moi. Tu es partout là où je suis. Je t’aime, papa.

Les couleurs

Quel joli bonheur quotidien oublié ! Les couleurs. Je les aime toutes, les couleurs. Je les aime franches, je les aime douces, je les aime électrisantes ou rassérénantes, fluides, pastelles, ensoleillées, diluées, puissantes, inconstantes, dégradées, opaques ou subtiles, mais je les aime colorées.

Elles caressent de leurs doigts lumineux les yeux engourdis au lever du soleil, sèment de la bonne humeur sur le bord des routes, chantent à tue-tête sur le coup de midi, émerveillent lorsqu’elles glissent, lisses ou embrouillées, sur la toile ou le papier… ou lorsqu’elles enjolivent l’eau du bain. Elles surprennent dans un gâteau, fascine dans l’arc-en-ciel et nous bercent tendrement à l’heure bleue.

Partout, elles mettent de la vie. L’humeur morose s’estompe avec un chandail rose crème aux fraises. Impossible d’être tristounette, lovée dans un fauteuil jaune soleil. Les larmes sont vite séchées sous un parapluie champ-de-trèfles ! Quelqu’un a déjà réussi à garder son air sérieux devant (ou les pieds dans !) des chaussures rouges ?

Sur mes lèvres, dans mon lit, sur mes murs et ma voiture, dans ma garde-robe, sur ma table, dedans, dehors et tout autour, je les veux partout. Osez, vous aussi, vous me remercierez après ;).

Inspiration

L’envie d’écrire m’avait désertée… ou bien l’avais-je oubliée ? Peut-être m’avait-elle elle-même mise en oubli… Toujours est-il que c’était le néant. Le grand blanc.

Le désir de créer, il faut l’entretenir, sinon il meurt. Il s’efface, disparaît. Mais subtilement.

Puis un mot surgit, une image au fil d’une lecture, et c’est la débandade. Tout ce qui a été retenu déferle sans avertissement. Trop d’idées, trop de sujets, trop de ressentis. Pêle-mêle. Et c’est comme magique et déroutant à la fois.

Les doigts s’agitent et pianotent, accouchent d’un texte sans savoir qu’ils le portaient, complètement ahuris et extatiques, peinant à maintenir le rythme des mots qui surgissent d’on ne sait où. Tête ? Coeur ?

Le lien s’est rétabli sans crier gare. Le grand blanc n’existe plus. Les couleurs explosent et remplissent tout. Les mots en viennent même à manquer.

Et sur mes lèvres, un sourire se dessine, qui contamine mes yeux. Joie.

C’est bon d’être de retour.

Ces jours-ci

C’est un peu plus difficile de rester serein, ces jours-ci.

Il faut creuser un peu plus sous la pile des mauvaises nouvelles, des peurs et des imprévus pour trouver des rayons de soleil. MAIS ils sont bien là.

Ces inconnus qui forment soudain une communauté tissée serrée, qui s’entraident et s’encouragent.

Ces arcs-en-ciel qui illuminent les fenêtres en signe d’espoir et de complicité.

Ces surprises laissées par des proches sur le balcon.

Cette créativité qui se réveille pour rencontrer notre monde autrement. (Mon fils a fait un party avec ses amis la semaine dernière… sur FaceTime. Ils avaient de la musique, ils ont joué à Uno (!) et ils ont fait un décompte style Jour de l’An pour célébrer l’arrivée du printemps ! Vous dire comme j’étais fière et émerveillée !)

Ce temps, qui nous manquait tant et pleut maintenant.

Ce ralentissement dans la course folle du quotidien.

Ces réveils sans alarme.

Ces repas en famille égaillés par de longues discussions.

Ces journées en bas de laine et sans maquillage.

Tout ça, c’est beau, ces jours-ci.

Les collègues

Ils m’accueillent chaque matin de la semaine avec chaleur, le regard pétillant et le sourire dans la voix ; me saluent chaque fin d’après-midi avec bonne humeur. Ils s’informent de ma fin de semaine, s’inquiètent de mon absence de la veille. Ils embarquent sans rechigner dans mes folies, mes idées farfelues ; participent avec enthousiasme à mes initiatives. Ils sont prévenants et plein d’attention, patients et rassurants. Ils rient avec moi de mes déconvenues et me taquinent constamment. Ils tolèrent galamment que j’agisse parfois comme une maîtresse d’école et me permettent de les dorloter comme une mère. Ils sont comme une grande famille et je les aime d’amour.

Mes collègues sont sans contredit un bonheur quotidien.

 

Nostalgie

Je suis installée dehors, seule, entourée d’arbres et du vibrato des cigales qui chantent la chaleur qui s’installe peu à peu en ce début de journée. Une brise délicate ride la surface lisse du lac qui me fait face, déformant le reflet à l’envers de la verdure qui l’entoure. Je suis bien. Comme chaque fois que j’ose arrêter le temps en me posant, ce qui arrive bien trop peu souvent, il se produit quelque chose de merveilleux : mon cœur se gonfle, la paix m’envahie, des souvenirs heureux remontent. Je réapprends à me connaître. Aujourd’hui, je me souviens le chalet gris et rouge de St-Jean-Port-Joli.

Je me souviens les réveils au son des vagues du Fleuve et du vent dans les arbres.

Je me souviens les matins frisquets, pieds nus sur les planches glaciales de la galerie grise, le craquement des berçantes sur le bois vieilli et l’odeur du café que prenait les adultes mal réveillés dans le silence matinal.

Je me souviens les marches jusqu’au Rocher, la marée montante, les goélands gourmands.

Je me souviens le vent qui soufflait, me semble-t-il, toujours plus fort qu’ailleurs, et les orages impressionnants foudroyant le Fleuve en colère.

Je me souviens les galettes blanches dérobées, les coquillages minuscules et les verres de mer colorés collectionnés dans un Tupperware rose choisi avec soin dans l’armoire basse de grand-maman.

Je me souviens l’odeur de soufre de l’eau de la salle de bain, mêlée à celle, piquante et masculine, du savon bleu de grand-papa.

Je me souviens les feux sur la grève et les draps rêches des petits lits de la chambre bleue où je m’endormais au son des voix des adultes qui refaisaient le monde en jouant aux cartes.

Je me souviens l’odeur de pain grillé, qui me réveillait parfois au beau milieu de la nuit, petit en-cas des couche-tard éternisant la soirée.

Je me souviens les pieds sales lavés à l’eau froide du boyau d’arrosage, les fous rires avec les cousins, les fraises des champs ramassées dans un contenant de crème glacée, les confitures maison et les cretons de grand-maman, la soupe toujours trop poivrée de grand-papa.

Je me souviens que, là-bas, la vie était toujours belle.

Sans loupe ni télescope

_Être heureux ne signifie pas que tout est parfait. Ce;la signifie que vous avez décidé de regarder au-delà des imperfections._

Nous voulons tous tellement être heureux. C’est même devenu une mode. Dans un sens, c’est une bonne chose : tout le monde a le droit de se sentir bien et de chercher le moyen d’y parvenir et de le rester. D’un autre côté, quand être heureux devient un objectif, le risque est grand de tomber dans l’exécution, dans l’égrainage de sa to-do list du bonheur, et de s’y perdre en même temps que que l’on perd son sourire et sa joie de vivre.

Je vois tant de gens chercher… et j’avoue ne pas y échapper moi-même, parfois. J’oublie de juste regarder autour de moi, sans loupe, ni télescope. J’oublie de constater comme je suis confortable dans mon lit, au moment où je me couche, épuisée. J’oublie de ressentir ce sourire qui se dessine sur mes lèvres au moment où je me perds dans l’écriture ou le dessin. Pas besoin de chercher : tout est là pour qui le décide !

Frédéric Lenoir explique dans ses ouvrages que le bonheur est la capacité à ne plus être soumis aux événements extérieurs, à être capable de rester serein, peu importe les événements, en sachant que tout passe, le beau et le bon, comme le moins beau et le moins bon. Il explique également que la joie, plus concrète que le bonheur et plus intense que le plaisir, invite à embrasser pleinement la vie, à vivre ses plaisirs avec passion, tout en sachant que la vie est faite de hauts et de bas. Je crois que ces deux réalités, en superposition, sont à la source même du fait d’être heureux : reconnaître que la vie nous malmène parfois, qu’elle est parsemée d’épreuves, parfois difficiles à surmonter, d’erreurs difficiles à assumer, mais aussi de moments de joie, intenses et étourdissants, et de petits plaisirs, qui mettent du baumes au quotidien sur notre cœur. Être heureux, selon moi, c’est savoir trouver l’équilibre entre le détachement qu’il faut pour rester serein et l’engagement nécessaire pour croquer la vie et ses surprises à belles dents. Le secret ne serait donc pas de chercher, mais de suivre la vague en tâchant d’adoucir un peu la houle.

Pas besoin de loupe, ni de télescope. Pas besoin de chercher. Soyez heureux et voguez allègrement !

Le bonheur, c’est…

Quand tu as cuisiné toute la semaine, que tu as fait de bons repas pour ta famille, conduit un enfant ici, cherché un autre là, que tu es fatiguée, et que ton amoureux te téléphone du travail et te demande : Ça te dirait d’aller manger au resto avec les enfants ce soir ?

❤️

Quand j’ai dit oui…

Il y a 14 ans aujourd’hui, je me pavanais en robe blanche. Parfaitement heureuse et sereine, naïvement inconsciente du degré de nervosité des miens, je souriais à tout vent, sûre de moi, pour une fois.

J’ai le privilège inouï de ressentir la même assurance tant d’années plus tard, et le bonheur immense de me savoir aimée encore davantage qu’en ce jour mémorable où je m’enfonçais dans ma crinoline comme dans un muffin en dansant sur Twist’n Shout et Dancing Queen, et que j’avais besoin de trois personnes pour tenir ma robe quand je devais aller au petit coin.

Quand j’ai dit oui, je l’ai fait de tout mon cœur… et le cœur se trompe rarement. Bien qu’on ne puisse jamais savoir ce que l’avenir nous réserve, avoir la certitude d’un amour sincère, profond et partagé donne la force nécessaire pour affronter les aléas de notre humanité et les épreuves qui font partie de la vie. Je me sens bénie de pouvoir compter sur mon Merveilleux Mari pour faire la route avec moi.

%d blogueurs aiment cette page :